L’Office de Grande Onction aura lieu dans notre cathédrale le 3 avril à 15h.

Se préparant au Grand Carême : parole pastorale de l’Évêque Irénée sur le « pèlerinage » du rite de l’Onction générale:
Bien-aimés enfants de l’Église en Europe et dans les Îles Britanniques !
Alors que le monde orthodoxe se prépare à l’entrée dans le Grand et Saint Carême — ce temps essentiel et salutaire d’ascèse en vue de la Pâque, la Résurrection du Seigneur — je souhaite adresser à notre troupeau bien-aimé une brève parole pastorale au sujet du rite de l’Onction générale (soborovanie), célébré durant la période du Carême. Au fil des années, j’ai constaté que certaines influences extérieures, jointes à une compréhension parfois incomplète, ont introduit dans l’esprit de quelques-uns une perception erronée de la nature particulière de ce rite et de sa place dans le jeûne. Avec l’aide de Dieu, je désire offrir quelques conseils afin de nous aider tous à vivre plus pleinement dans la Tradition de l’Église.
Le rite de l’Onction générale présente, en un certain sens, un caractère inhabituel. Le sacrement de l’Onction est normalement célébré pour une personne gravement malade, à sa demande et selon le discernement du prêtre local, en accomplissement de l’instruction des Saintes Écritures : « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Église, et qu’ils prient sur lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, ils lui seront remis »(Jacques 5, 14–15).
L’Église, dans sa sagesse pastorale et sa sollicitude pour le bien spirituel et corporel de ses enfants, reconnaît que le Grand Carême occupe une place particulière dans le cycle annuel de notre vie spirituelle. Durant ce temps de jeûne intense et de prière, où nous nous appliquons à la transformation ascétique de notre existence, nous prenons souvent une conscience plus vive de nos infirmités tant spirituelles que physiques, trop aisément négligées dans la regrettable cécité spirituelle de notre vie quotidienne. Plus un homme ou une femme s’engage sérieusement dans l’ascèse du Grand Carême, plus ces faiblesses peuvent se faire sentir — et même nous atteindre avec davantage de force lorsque nous regardons notre véritable état avec honnêteté et attention. C’est pourquoi l’Église rend ce sacrement accessible « de manière générale » durant cette saison : elle en propose une célébration commune afin que, plutôt que d’être servi uniquement pour une personne dans son besoin particulier, tous ceux qui reconnaissent leur indigence puissent venir ensemble recevoir la guérison dont ils ont besoin.
Le rite tel qu’il est célébré pendant le Carême est connu en slavon sous le nom de « soborovanie », terme qui signifie littéralement « rassemblement », et il porte ce nom précisément pour cette raison. Ceux qui ont besoin du sacrement sont invités à se réunir en un même lieu comme partie intégrante de leurs labeurs ascétiques du jeûne. À l’origine, cela se faisait uniquement dans les grandes cathédrales, sous la présidence de l’évêque diocésain ; les fidèles venant des régions environnantes entreprenaient alors le voyage pour se rassembler avec d’autres en vue d’une si sainte œuvre. La participation au rite prenait ainsi un véritable esprit de pèlerinage, si l’on peut s’exprimer ainsi : les fidèles habitant villes et villages se rendaient à la cathédrale régionale, accomplissant un déplacement qui exigeait préparation, organisation et moyens de transport — parfois sur de longues distances — à l’image des pèlerinages vers les lieux saints, si familiers à tous les chrétiens. Au terme de ce chemin se trouvait le rite d’onction et de guérison, permettant ensuite à chacun de retourner chez soi fortifié par la grâce du sacrement pour poursuivre les combats ascétiques du Carême.
Dans la diaspora, où le Seigneur dans Sa miséricorde nous a accordé de vivre et de lutter pour notre salut, cette pratique a dû être quelque peu adaptée à nos réalités pastorales. Nous ne disposons pas de cathédrales dans chaque région ; dès lors, le rite carémique de l’Onction générale en est venu à être célébré également dans les paroisses plus grandes — mais toujours selon le même principe : qu’il s’agisse d’un véritable « rassemblement » de fidèles provenant d’une vaste région en un seul lieu, impliquant un sacrifice de temps et d’énergie, afin que nous puissions recevoir la grâce secourable de notre Sauveur.
Cependant, peu à peu, un malentendu s’est insinué dans l’esprit d’un trop grand nombre, selon lequel ce rite devrait être célébré dans chaque paroisse ; c’est principalement à cette idée que je souhaite m’adresser. Non seulement cela n’a jamais été la coutume authentique de notre Église à l’étranger, mais cela altère malheureusement la perception même du rite — du pourquoi et du comment l’Église nous l’offre. Certes, la célébration d’un tel office dans chaque paroisse serait « plus facile » et demanderait « moins d’efforts » aux personnes et aux familles, puisqu’il ne serait plus nécessaire de voyager ; mais, mes bien-aimés, le Grand Carême n’est pas le temps où nous recherchons ce qui est le plus aisé ni ce qui exige le moins de nous ! Il est précisément la saison où nous nous efforçons davantage et consentons de plus grands sacrifices afin de croître spirituellement ! Nos ancêtres comprenaient le sacrifice de temps et de déplacement requis pour participer à ce rite comme une part du podvig ascétique du Carême ; nous devons, nous aussi, nous appliquer à retrouver cette pieuse compréhension dans nos propres cœurs.
Permettez-moi d’en donner quelques exemples. Dans les Îles Britanniques, il est de coutume de célébrer le rite de l’Onction générale durant le Grand Carême en seulement deux lieux : l’un dans le sud de l’Angleterre — à la cathédrale de Londres — et l’autre dans le nord. L’évêque et le clergé de toutes les paroisses des Îles Britanniques y concélèbrent, et les fidèles viennent de tout le Royaume-Uni et de l’Irlande. Régulièrement, ils s’organisent pour voyager ensemble, partagent des voitures, affrètent des minibus, prennent trains, ferries et même avions pour arriver de Dublin, Stradbally, Belfast, du Norfolk, du Pays de Galles, d’Écosse et d’ailleurs, afin de se réunir pour ce rite sacré. Certains de ces trajets durent de longues heures ; pourtant les fidèles les entreprennent comme un pèlerinage vers un lieu saint pour recevoir la grâce divine. En Suisse, nous célébrons pareillement ce rite à la cathédrale de Genève, rassemblant clergé et fidèles de Genève, Vevey, Annecy et d’autres régions encore. Dans le Benelux, nous le servons en deux lieux — Bruxelles et Luxembourg — et les fidèles viennent de toute la Belgique, des Pays-Bas, et même d’Allemagne et d’ailleurs. Oui, cela exige un déplacement et un sacrifice de temps et d’efforts ; mais c’est précisément ainsi qu’il convient qu’il en soit. Et les fidèles qui offrent pieusement ce sacrifice constatent que leur vie spirituelle et corporelle porte les fruits de cette offrande au Seigneur.
Ainsi donc, mes enfants bien-aimés dans le Seigneur, à mesure que nous approchons du commencement du Grand Carême cette année, je vous exhorte tous à accueillir les sacrifices ascétiques du jeûne — et en particulier votre participation au rite de l’Onction générale — dans l’esprit pieux de nos pères. Considérez l’occasion de faire un « pèlerinage » vers ce rite comme une joyeuse offrande pour le bien de votre croissance spirituelle. Organisez des déplacements avec d’autres désireux de recevoir le sacrement, et voyagez ensemble dans l’attente de la grâce divine. Priez durant le trajet afin de préparer vos cœurs à ce qui vous sera donné ! Prenez trains et autobus pour vous rendre aux lieux où le rite sera célébré, reconnaissants que l’Église nous aide à renoncer à notre inclination habituelle pour la facilité et la commodité — où tout « vient à nous » — et nous offre plutôt l’occasion de nous lever, de marcher et d’aller là où notre vie peut recevoir une nouvelle vigueur.
Je suis convaincu que si chaque chrétien accueille cet appel avec sérieux, cela portera d’immenses fruits dans nos vies et fera du Grand Carême un instrument encore plus puissant pour la conversion de notre existence dans l’attente de la Résurrection du Seigneur.
Que Dieu vous bénisse tous !